« Çà fait sec ! » Grave.
Y’aka voir : dans ceux de nos prés humides qui sont les premiers inondables il n’y a un (petit) peu de repousse après les foins que là où ils sont le plus longtemps ombrés… C’est dire !

Pas facile d’être maraîcher avec ces météos, mais alors, chez les éleveurs… et particulièrement les laitiers….
Sur la ferme cette semaine, et parmi les « à-côtés »… qui n’en sont pas du tout :
- Matthieu a adapté quelques morceaux de vieux outils pour en faire… quasi des neufs 🙂 ! En tout cas des mieux adapté à la situation du moment, puisqu’il s’est servi de son « barbeuc auto-construit à triangle d’attelage rapide »

pour en faire à bas prix un nouvel outil de binage.

- Les Biaux Jardiniers Canal Historique ont explosé leur empreinte carbone en se rendant à la SÉRAIL, la station d’expérimentation devenue antenne CTIFL de Brindas pour une journée de compte-rendus d’actions dans des fermes et visites d’essais sur le sujet de l’adaptation aux changements climatiques. Notamment l’essai en cours des performances et résultats sur les dégâts des brulures de soleil sur poivron de divers filets, évidemment en comparaison avec un témoin, qu’on aperçoit à gauche.

Au jardin,
on continue les plantations
qui assurent l’échelonnement de la récolte tout au long de la saison, dans les carrés de courgette notamment.

Les « gros » repiquages, comme les séries de choux pour l’automne-hiver souffrent, et on a beau arroser sitôt plantation, on dirait que çà n’est jamais assez vite.

On arrose
Quand ils se sont ré-installés en cours de carrière, les Biaux Jardiniers Canal Historique avaient eu la « grande sagesse » de ne pas choisir parmi les possibilités de lieux enchanteurs… privés de possibilité avérée d’arrosage professionnel conséquent. Même si cela impliquait quelques inconvénients (lieux esthétiquement plus « classiques », présence plus forte de voisinage conventionnel – avec potentielles dérives – situations plus humides avec ensoleillement plus faible, etc…) ils sont très heureux de leur choix de maraîchage viable Et vivable – donc du-ra-ble – dans un bassin maraîcher historique équipé d’un circuit d’arrosage grâce à l’eau de surface d’une rivière – qui déborde de temps en temps.
Alors on arrose quand c’est nécessaire pour un développement des cultures conforme à leur physiologie… même si un des inconvénients, c’est qu’on fait aussi lever – et se développer – les plantes adventices.
Et il y a des fois, c’est plutôt galère.
Comme cette année.
Alors toute l’équipe est régulièrement mobilisée : Biaux Jardiniers permanents, Biaux Jardiniers saisonniers, Biaux Jardiniers lycéens-étudiants-estivaux.

Selon les jours et les carrés concernés, sa part de « corvée » tout le monde « y a eu droit » : des carottes, il y en a pas mal.

Mais cette année, on a été débordés.
Alors, on a appliqué notre choix « de principe » qui choque souvent de jeunes collègues : pas d’acharnement thérapeutique. Quand on constate que les planches en cours d’enherbement sont plus nombreuses que ce qu’on peut désherber dans un temps économiquement et humainement raisonnable, et que donc s’obstiner à « sauver » des planches ferait prendre trop de retard sur d’autres moins développées, hé bien nous euthanasions la culture. Ainsi cette année quelques planches de carotte, et de panais.

Oui, c’est rageant d’avoir
- semé bien joliment,
- arrosé régulièrement,
- fait les premiers binages consciencieusement,
- etc…
« pour rien ».
Évidemment que ça n’est pas agréable de constater son échec, ni toujours facile de supporter que notre métier de maraîcher soit vé-ri-fi-ca-teur ! Bien sûr, bien sûr…mais faire « la part du feu », tous les pompiers le savent, c’est éviter la catastrophe. Notamment humaine.
=> Lire ICI le beau texte de Luc Veyron : « le sol, une école d’humilité« .
Les occultations mobilisent plusieurs personnes dans une activité « qui a l’air de rien » mais… est plutôt « physique ». D’autres façons culturales préventives mobilisent plusieurs matériels – et travailleurs. Les premières semaines d’une culture ne souffrent ni l’approximation ni le retard et sont déterminantes ensuite pour la charge en travail d’entretien des cultures comme pour le rendement final. C’est pourquoi de nombreux maraîchers rêvent d’entretien des cultures
- ergonomique
- et rapide…
Alors…
on fantasme de porte-outils ! Saison 1
Fendt
Le tracteur porte-outils est… un tracteur, qui … porte des outils… mais attelés…
- entre ses 4 roues, donc
- devant les yeux du conducteur
qui n’a
- plus besoin de se retourner pour voir ce qu’il fait
- plus besoin d’avoir un conducteur sur la bineuse.
C’est un « concept » que la marque FENDT avait développé dans les années 1950, en concevant un tracteur de puissance raisonnable apte à mécaniser toute la gamme des travaux nécessaire sur une petite ferme de polyculture-élevage, comme elles étaient majoritaires en nombre au milieu du siècle précédent.
Diffusé sous le nom de « système Fendt de travail à un seul homme » et s’est développé dans les années 1960 / 80.
Ce système était basé sur la polyvalence avec une puissance modérée : outils attelés à l’arrière, barre de coupe possible sous le moteur, outils de binage ou buttage à l’avant, benne basculante pour les transports remplaçable par une fourche pour charger le fumier dans une remorque, l’idée était de faire face à tous les travaux de polyculture-élevage sur une petite ferme.
Il était possible de déposer hydrauliquement la benne de transport, basculable, en l’appuyant contre un mur, pour dégager la poutre centrale, et la visibilité.

Côté confort, on commençait à sortir des baquets métalliques simplement emboutis et montés sur lame de torsion… et on pouvait rouler sur route rapidement (aux vitesses de l’époque) tout en disposant de vitesses rampantes pour les travaux de précision.

- Épandage d’engrais avec travail de préparation et de finition simultanés,
- semis de précision,
- épandage d’engrais, semis et hersage simultané,
- plantation de pomme de terre avec buttage et effaceur de trace de roues simultané
- pulvérisation de traitement (évidemment sans aucune protection sur la photo d’époque)
- apport d’engrais, buttage, effaceur de trace et hersage léger simultané,

- système de transport sur roue pour changer sans peine les outils à atteler à l’avant comme entre les roues,
- plantation automatique de pomme de terre,
- binage facilité par une vue très dégagée sur les cultures,
- labour avec charrue arrière,
- benne basculante pour travaux de terrassement,
- travail confortable avec un chargeur frontal pour remplir l’épandeur à fumier
le catalogue Fendt insistait sur la polyvalence, la rapidité de changement d’outils et le confort de travail apporté par son « système Fendt de travail à un seul homme »

Un film publicitaire « d’époque » est disponible « sur la toile ».
Sur le marché, les occasions étaient bien rares puisque :
- les petites fermes diversifiées se gardaient jalousement l’usage d’un outil adapté et très durable,
- les collectionneurs passionnés de vieille mécanique pour le loisir se pressaient généreusement,
- les offres se concentraient sur la zone – germanophone – d’origine de ce tracteur.
Le Biau Jardinier Canal Historique fantasmait bien évidemment sur une acquisition d’occasion, mais il n’en a jamais été capable, contrairement à son collègue Michel, qui était allé chercher le sien au Royaume-Uni…
La production des porte-outils s’est peu à peu orientée vers une augmentation de la puissance, du poids, etc… les plus puissant jusqu’à la fin du siècle. Celle des petits modèles est tombée en désuétude jusqu’à s’arrêter après un petit « redoux » aux époques de « la chute du Mur ».
Les collectionneurs passionnés du système bichonnent leur porte-outil et les présentent lors de réunions publiques…
Derot
Dans la fin des années 1970, le constructeur d’enjambeurs viticoles Derot avait proposé un modèle de tracteur porte-outils adapté aux légumiers.

et doté de plusieurs outils, de la marque ou adaptés comme adaptables.

Dérivé des tracteurs viticoles, pas très lourd et de motorisation suffisante mais modeste, il n’a eu qu’une courte carrière, peut-être faute de marché suffisant face à la forte demande spécifique viticole ?
Sérail 1993 et Jacquet
Dans les années 1990, et suite à une forme de demande d’outil adapté au maraîchage diversifié de zone péri-urbaine, l’entreprise Jacquet, constructeur d’enjambeurs viticoles dans le Beaujolais a travaillé avec les techniciens et maraîchers de la Sérail, la station d’essai et recherche légumes de Brindas, à la mise au point d’un prototype d’enjambeur porte outils adapté au maraîchage diversifié. La présentation de ce prototype avait été le sujet d’une opération Portes Ouvertes bien fréquentée présentant aussi plusieurs porte-outils déjà existants sur le marché.

Doté de plusieurs aménagements un peu « luxueux » comme la possibilité de modifier facilement et rapidement avec l’hydraulique la hauteur du poste de conduite, la voie du matériel, ce tracteur était onéreux. Il est toujours en service à la station plus de 30 ans plus tard.

Toujours à la station, mais en 2000
a été présenté un tracteur porte-outils de puissance et poids modeste, donc potentiellement adapté au maraîchage diversifié. Le Biau Jardinier Canal Historique se souvient avoir été séduit, notamment, par son système d’attelage monté sur coulisseaux verticaux actionnés par l’hydraulique : confortable ! Mais le même Biau Jardinier Canal Historique n’a gardé ni dans ses archives (papier !) ni dans sa mémoire (viv…ante humaine) le nom du fabricant…

Dans ces mêmes années
ont été distribués en France par Michel Basson divers modèles de marque Fobro, un fabricant de nombreux outils spécifiquement adaptés aux travaux des maraîchers comme des pépiniéristes forestiers. Des matériels bien conçus, solides, efficaces.
Cet outil – très raisonnablement – ne visait à réaliser « que » les travaux spécifiques de semis, binages, apports d’engrais en sacs.
Avec son chassis en forme de pont, donc une visibilité quasi parfaite, et un poste de conduite très bien protégé, une conception apportant bien du confort pour un attelage rapide et ergonomique. Un outil de conception intelligente, de taille, de puissance et poids raisonnables.

Cet engin non homologable sur la route,

ne visait
- ni à l’universalité des travaux,
- ni à remplacer le tracteur de la ferme.
Tout pour séduire le maraîcher Bio diversifié !
Mais le tarif de ce matériel suisse (l’agriculture de Suisse est très bien protégée de la concurrence de l’Europe) était très supérieur à celui d’un tracteur agricole 3 fois plus puissant 10 années plus tard… Le Biau Jardinier Canal Historique avait donc dû s’en passer. 🙁
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La suite à un prochain épisode !
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