
*
Avec ou sans T, ne pas confondre sarclot et Sarclo. Il n’y a aucun rapport, et en plus, c’est hors sujet (peut-être) sur un site de paysan maraîcher bio depuis 1979. Mais bon…
Sarclot ?
Pour sarcler !
Sarcler, c’est détruire par le travail superficiel d’un outil les plantes indésirables qui concurrenceraient les cultures de vente. Et pour cela, on peut utiliser, comme on le dit dans la côte chalonnaise, un «sarclot». Le Biau Jardinier a acheté son sarclot il y a plusieurs décades, chez les forgerons du cru. Outil forgé, le sarclot a la partie travaillante montée sur un col de cygne, au bout duquel une douille permet de l’emmancher. Sur un manche en frêne, bien sûr, si on a pour objectif la durabilité, le confort des mains, du dos, etc…
C’est un outil un peu lourd, donc paradoxalement très confortable… puisque le mouvement de balancier dispose de la force procurée par sa masse quand il redescend frapper une herbe. Mais bien sûr, il faut l’avoir levé…
Diversité des sarclages
Selon l’angle de travail qu’on lui donne par l’action du manche, la sarclot peut :
- si sa lame est tenue quasi parallèle au sol, réaliser un travail très superficiel
- si elle est utilisée avec un angle plus ouvert avec le sol, et une position de travail plus penchée, s’enfoncer et presque « piocher ».
Cette caractéristique d’utilisation permet de faire face à tout type de végétal en cours de développement, quelle que soit la forme de sa racine, etc…Mais le sarclot n’est pas une pioche, qui pioche ! C’est un sarclot : qui sarcle. Il n’est pas conçu
- pour creuser des trous,
- pour couper une repousse d’acacia qui s’éloigne de la haie,
- pour lever la racine d’un rumex développé,
- pour sortir par effet de levier une touffe racinaire de panic de 3 mois
- etc… etc…
Mais c’est pas un problème : pour le défrichage, il y a d’autres outils !
Par contre, pour sarcler en maraîchage (= quand il est temps !) le sarclot est un régal.
Sa lame n’a pas son pareil pour couper les racines des adventices à un (ou maxi deux) centimètres de profondeur. On est assuré de couper en dessous du collet, de détruire le plateau racinaire des poacées (graminées), le pivot des (brassicacées) crucifères ou autres « dicots ». Tout en laissant suffisamment peu de racines au végétal visé pour en limiter les risques de reprise.
Tenue un peu plus « relevée » (un peu !) donc le manche un peu plus baissé (et le Biau Jardinier aussi !), la lame du sarclot butte très facilement, notamment les cultures fragiles par leur enracinement superficiel, haricot par exemple. En permettant de décoller un peu de terre fine de surface prise assez loin du rang pour, du même geste, permettre à la lame du sarclot de ramener tout ça en lançant calmement le contenu au pied du rang, donc en préservant les racines proches.
Avec le sarclot, on peut facilement éliminer les adventices sur le rang dans les cultures plantées à distance suffisante, céleri-rave, chou, etc… quand elles sont déjà un peu développées.
Le viticulteur bio, lui, a recours au sarclot pour casser les quelques vivaces qui tentent d’échapper aux bineuses, piocheuses et autres disques, particulièrement dans « les plantes » et très jeunes vignes.
Lestage
Le sarclot est un outil très performant quand il s’agit de lester de terre les bords d’un voile de protection contre le froid. Il permet de prendre une bonne quantité de terre d’un seul geste, et dans le même élan de la poser sur la bordure roulottée du voile.
Les Biaux Jardiniers Canal Historique ont ancré au sol sur l’intégralité de leur longueur les films de paillage de leurs planches permanentes un bon nombre d’années avec leurs sarclots. C’est suffisamment rapide pour être d’une efficacité très satisfaisante. Et çà n’est qu’en fin de carrière, lorsque ce matériel est entré dans la liste des subventionnables par le Conseil régional, que l’investissement dans la dérouleuse ID a été réalisé.
Petits rattrapages
Le sarclot convient parfaitement pour supprimer calmement les quelques pieds d’indésirables qui tentent de s’installer dans les engrais verts jeunes, dans les bandes fleuries, pour quelques fignolages dans des cultures où deux ou trois adventices auraient échappé aux binages par les outils tirés par le tracteur.
Entretiens méditatifs
Le sarclot, c’est un outil qui correspond bien à une tranquille inspection détaillée des cultures, éventuellement alliée à une calme intervention corrective. C’était en ce sens un fidèle compagnon du Biau Retraité quand il était en activité : sarclot en main, loupe en poche, yeux grands ouverts, les sens en éveil, à pas lents dans le jardin en tout début de soirée estivale.
Buttage ?
Un p’tit peu !
Les Biaux Jardiniers se servent du sarclot aussi pour les buttages des fèves cultivées sous tunnel, saine activité qui entame le dérouillage physique du tout début de saison.
Le manche permet d’aller « chercher la terre » un peu loin du rang pour l’ameublir en surface, puis dans le même geste la ramener sur le rang souplement et en hauteur. Cela permet de butter sans abîmer les racines superficielles.
Butter tranquillement en 2 ou 3 fois permet de laisser des planches particulièrement « propres » au grand bénéfice de la culture suivante.
Un peu mais pas plus !
Les autres buttages – « les vrais » – en raison de leur nombre, de leur hauteur, de la longueur des rangs de poireau, chou, pomme de terre, haricot, etc… sont évidemment réalisés, avec les outils adaptés, mais attelés au tracteur.
Principalement la très fameuse BPO, la Barre Porte Outils auto-constructible. Mais pour de petites longueurs, le sarclot reste irremplaçable.
Trouver un sarclot ?
Bien évidemment détrôné dans son principal usage de lutte contre les adventices par les divers « progrès » polluants généreusement proposés par l’industrie chimique alliée au « développement » agricole du milieu du siècle précédent, le sarclot devient un outil peu diffusé, et de très pâles imitations se vendent dans les bazars jardiniers. Mais des passionnés de forge et métallerie s’obstinent à en fabriquer d’excellents !
Sarclo !
Sarclo, ou Sarcloret, de son vrai nom Michel de Senarclens Chinet, est un auteur compositeur interprète suisse romand.
- Selon ses dires, il «est à la chanson francophone ce que le trou est à la passoire : une nécessité.»
- Il chante ses compositions, et aussi Jean Villard Gilles.
- Il chante ses traductions de Bob Dylan, puisque selon ses dires là aussi, «les traductions de Dylan, c’est comme les crottes de nez : on préfère les siennes».
Et après ces quelques légèretés, un peu de chanson :
Et… Sarclo a encore des choses à dire ! !
*
Autres outils à main…
Pour biner à la main, des outils, y’en a plein plein ! C’est le titre de notre article où nous avons tenté le tour de ce sujet, vu de notre ferme. Pour le lire, cliquer sur l’image ci-dessous :
* * * * *