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Nos bandes fleuries : de l’idée à la mise en place

Historique et mise en place

Idées et démarche

C’est au tout début des années 2000, par l’incitation et avec l’appui technique de Roger Raffin, que nous avons été sensibilisés à la problématique des bandes fleuries pour favoriser les auxiliaires.

Roger était le technicien maraîcher de la chambre d’agriculture du Rhône qui animait le groupement technique dont nous faisons partie et qui suivait notre première ferme de Cercot- Moroges, puis nos quatre années de recherche de ferme dans les Monts du Lyonnais, et en fin accompagna notre réinstallation à Sornay à partir de 1996.

Photo de Roger Raffin en appui technique à Pascal Pigneret au début du Biau Jardin de Grannod
2001. Roger Raffin en appui technique à Pascal Pigneret au Biau Jardin de Grannod

La mise en place des bandes fleuries s’est menée dans notre Biau Jardin en parallèle avec la conversion progressive au travail en planche permanente. Il faut dire que les deux questionnements venaient de ce que tout un chacun pouvait remarquer comme conséquences nuisibles de l’intensification tant du travail du sol très fréquent que des rotations très rapides chez des collègues Bio, dont notamment de l’Isère, qui faisaient face à des problèmes de structure de sol.

La mise en place des bandes fleuries est ainsi une démarche qui a eu un «avantage collatéral» : faciliter notre «saut à pieds joints» dans l’aventure du travail en planche permanente en «fixant» définitivement la place de chaque planche en légume par la présence de «planche fleurie pluri-annuelle devenue obstacle», qui sert de repère, aux planches de légumes. Donc lors du travail de sol, énormément moins de risque de les glisser.

photo multicolore d'un des mélanges de nos premières bandes fleuries de 2001

C’est notamment par des contacts avec des arboriculteurs bio de Suisse que l’affaire a débuté.

Leur station d’essai avait commencé à tester et mettre au point des mélanges de nombreuses espèces de fleurs annuelles et vivaces pour lutter contre certains parasites des pommiers. Une des conclusions de ces premières pratiques était qu’il fallait absolument que les «réservoirs d’auxiliaires» ne se situent pas trop loin des parasites à réguler (= des plantes à protéger). Cela va sans dire, mais cela va encore mieux en le disant : les insectes sont petits, les distances deviennent donc rapidement grandes (trop grandes) pour eux. Les essais donnaient environ 25 mètres comme distance à ne pas dépasser.

photo des premières bandes fleuries pour "amener" les auxiliaires au jardin.

Il y a eu aussi des contacts avec le semencier italien qui avait mis au point des mélanges complexes d’engrais verts et pour parcelles fleuries à la demande d’une très (très très) grosse ferme italienne en culture biodynamique. Ce mélange aussi avait servi de base.

photo des premières difficultés, certaines espèces envahissent les autres

Et ils avaient été adapté aux conditions climatiques de la région Rhône- Alpes. Ce sont ces divers mélanges, présentés sur les trois photos ci-dessus (scans de photos d’époque) que nous avons utilisés les premières années. Nous les avions mis en place par semis direct manuel en mélange avec du sable, d’où difficultés de désherbage. Ces mélanges ont été diffusés par un gros distributeur agricole de l’Ain. Mais sans trop de succès commercial, les maraîchers étant probablement en grosse majorité gens frileux 🙁 Pour ce qui est de son coté, cette aventure n’a donc pas duré. Du notre nous nous sommes ensuite aussi lancés dans la recherche de semences en variétés séparées chez des producteurs pour espace vert, pépinière, etc…

Concrétiser l’idée

Notre Biau Jardin était au départ organisé pour la rotation des cultures en carrés contigus correspondant au maillage de l’arrosage. Nos contraintes face aux éventuelles modifications étaient :

  • garder le même système d’arrosage,
  • respecter au mieux la rotation antérieure,
  • garder des carrés d’une surface assez petite adaptée au maraîcher diversifié vendant au détail,
  • que les bandes fleuries soient suffisamment rapprochées pour limiter la «dérive» dans le travail du sol et ainsi faciliter notre passage expérimental en «planches permanentes» – système à l’époque balbutiant – en sécurisant le maintien «exact» de la place des planches d’une année sur l’autre.

Nous avons donc choisi d’implanter les bandes fleuries toutes les 16 planches soit chaque 24 mètres environ. Donc de regrouper deux carrés d’ancien format et d’installer autant de bandes fleuries que de carrés de nouveau format pour simplifier la gestion. De cette façon chaque bande fleurie n’est pas éloignée d’une planche de légume de plus d’une douzaine de mètres.

Ce qui fait «perdre de la place» !? Effectivement ! Une place qui serait sinon productrice de légumes ! Effectivement : 6.25 % de la surface nette cultivée en légumes !

Mais çà n’est à notre avis sans doute pas un problème ; plutôt une preuve supplémentaire que si une parcelle ne peut pas accueillir quelques pour cent de surface assez diversifiée et non directement productive, il est sage de ne pas rêver y produire en culture biologique… [1]situation sur quoi « ferment les yeux » autant le vendeurs de vidéo de maraîchage sur petite surface que les salariés de bien des structures vendant des formations agricoles rapides.

Journée technique 2003

Mais les premiers résultats étaient assez encourageants pour que en septembre 2003 la Chambre Régionale d’Agriculture Rhône-Alpes organise sur notre ferme la journée technique régionale qu’elle prenait en charge chaque année impaire à l’époque où Tech et Bio n’existait pas. Ce fut un beau succès, et l’occasion d’une visite commentée par Dominique Berry, notre technicien régional «successeur» de Roger, dans le but de partager les premiers résultats (les Biaux Jardiniers avaient réalisé un suivi photographique des bandes fleuries). Et d’inciter les collègues à tenter l’expérience. Dominique avait aussi présenté les résultats d’une autre expérimentation.

photo de Dominique Berry et Pascal Pigneret au micro devant une des bandes fleuries et les panneaux

Un technicien de la firme semencière italienne avait lui aussi participé à cette journée, comme environ 130 techniciens et maraîchers de quasi tous les départements de Bourgogne et de Rhône-Alpes. Et aucun maraîcher de Sornay.

Où en sont les essais ?

Depuis, plusieurs études ont été menées sur le rôle des bandes fleuries dans la lutte contre les parasites des cultures maraîchères. Certaines sont encore en cours. Aucune n’a apporté de preuve formelle et définitive de l’efficacité de cette pratique en plein champ. Principalement parce que les critères de l’efficacité sont très difficiles à mettre au point de manière scientifique. Et que la comparaison (avec / sans bande fleurie) est difficile à établir. Mettre en évidence le rôle de la seule bande fleurie est complexe, puisque le milieu est complexe ! Et les inter-actions sont nombreuses puisque toute parcelle est un écosystème. Il est par exemple prouvé que les auxiliaires sont plus nombreux sur les bandes fleuries… mais la preuve de leur déplacement est bien plus délicate à obtenir.

Par contre, les essais menés au GRAB (Groupe de Recherche en Agriculture Biologique) d’Avignon par Jérôme Lambion sur l’introduction et le maintien d’auxiliaires indigènes sous tunnels commencent à apporter des preuves de la faisabilité et de l’efficacité de cette technique.

Les Biaux Jardiniers rassemblent un ensemble de documents et compte-rendus d’essai sur les bandes fleuries – et sujets connexes qui seront bientôt disponibles dans leur «bibliothèque des Biaux Jardiniers» [2]ça se cultive

Un «terrain de jeu»

Les bandes fleuries cultivées dans notre Biau Jardin ont à nos yeux de fantastiques avantages absolument incontestables :

  • elles vont dans le sens de l’autonomie du paysan, puisque la démarche consiste d’une certaine façon à produire nous-même sur la ferme nos propres «insecticides». Démarche d’autonomie qui nous semble complémentaire de la systématisation des engrais verts pluriannuels qui permettent à notre ferme de produire elle même une grosse part de ses engrais (bio).
  • elles sont un milieu d’observation de la faune à portée « de main ». Et donc un lieu de formation paysanne auto-géré par les paysans eux-mêmes … absolument gratuit (un genre de véritable éducation populaire : le système pour… et par…).

photo de Françoise en exploration par temps gris dans une des bandes fleuries

Et last but not least :

  • C’EST BEAU !

photo ensoleillée de bande fleurie longeant engrais vert près d'une haie bocagère

Vivre et travailler dans un lieu paysan ET agréable, c’est à nos yeux fondamental. Les Biaux Jardiniers, qui ont choisi de quitter leur première ferme maraîchère après 17 années de travail bio, lors de la mise à 2 x 2 voies de la route qui longe la commune, en parlent d’expérience…

Quitte à vivre les «inconvénients» 🙁 inhérents à la campagne,

autant en cultiver aussi les avantages 🙂  🙂 !

* * * * *

References
1 situation sur quoi « ferment les yeux » autant le vendeurs de vidéo de maraîchage sur petite surface que les salariés de bien des structures vendant des formations agricoles rapides
2 ça se cultive

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